A moins de deux ans de la présidentielle de 2026 au Bénin: personne n’ose afficher ses ambitions. Est-ce la sorcellerie ou la peur ?

À 24 mois de la fin du mandat du président Patrice Talon, une curieuse récurrence frappe le paysage politique béninois : aucun homme politique n’ose afficher ses ambitions présidentielles. Ce mutisme rappelle étrangement une période similaire à la fin du mandat du président Boni Yayi. Cette tendance à l’attentisme et à la peur de l’affirmation politique entrave la capacité des citoyens à faire des choix judicieux pour l’avenir du pays.

Dans une chronique percutante en 2015, l’écrivain béninois Joël Samson Bossou avait dénoncé cette culture de la peur qui semble paralyser les acteurs politiques béninois. Tout comme lors des présidentielles précédentes, les potentiels candidats redoutent d’annoncer publiquement leurs ambitions présidentielles.

Ils hésitent à s’engager pleinement dans le débat politique, à défendre des idées et à se présenter comme des alternatives crédibles. La comparaison avec d’autres contextes politiques, comme celui de la France et des États-Unis, met en lumière l’absence de débats d’idées et d’affrontements programmatiques dans le paysage politique béninois.

Au lieu de cela, la loyauté aveugle envers le pouvoir en place semble dicter les actions des acteurs politiques, les transformant en simples exécutants des volontés présidentielles. Cette passivité politique est déconcertante dans un pays qui aspire à une démocratie vibrante et participative. Au lieu de voir émerger des candidats capables de prendre des positions audacieuses sur les enjeux nationaux, on assiste à une inertie généralisée, où la politique se réduit à des considérations superficielles telles que l’origine régionale ou le parcours professionnel des candidats.

Pourtant, comme le souligne Joel Samson Bossou, les Béninois ne sont pas des électeurs programmés. Ils méritent d’avoir le choix entre des candidats qui incarnent de véritables visions pour l’avenir du pays. Cette période d’attentisme et de peur ne peut durer éternellement. Les citoyens béninois ont le droit d’attendre des leaders politiques qu’ils se lèvent et qu’ils incarnent le courage et la détermination nécessaires pour conduire le pays vers un avenir meilleur.

En fin de compte, la politique béninoise ne peut pas rester captive de la timidité et de la complaisance. Les défis auxquels le pays est confronté exigent des solutions audacieuses et des leaders prêts à les défendre avec conviction. Les Béninois méritent mieux que des présidentiables trouillards, et il est temps que la classe politique le comprenne et agisse en conséquence.

Euphorie Gantin

Le Soleil Bénin info

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