Bénin: Initiative citoyenne pour la réconciliation pose les exigences pour le nouveau Sénat

À la veille de l’installation du premier Sénat de la République du Bénin, Gislain Manayi Kanhonou, porte-voix de l’Initiative Citoyenne pour la Réconciliation, pose ses exigences telles qu’un Sénat au complet, sans chaise vide ni boycott. Sa priorité, non négociable est de faire de la nouvelle chambre la maison de la sagesse en mettant dès le premier jour le retour digne des exilés politiques et la libération des prisonniers politiques à l’agenda. Pour lui, aucune nouvelle ère ne peut s’écrire sur une blessure ouverte.

Lire l’interview.

Journaliste : Le Sénat va s’installer. Monsieur Gislain Manayi Kanhonou, quelle exigence posez-vous aux futurs sénateurs ?

Gislain Manayi Kanhonou : L’installation du Sénat est un acte fondateur. C’est la première fois que notre République se dote de cette chambre. Et ce tournant arrive au moment où une nouvelle ère s’annonce pour le Bénin. Dans ce contexte, il faut d’abord insister sur un principe. Toutes les personnes de droit doivent accepter de siéger. Il ne faut aucun siège vide, aucune chaise boycottée. Le Sénat doit être au complet pour avoir toute sa force, toute son aisance. Une institution qui naît avec des absences naît affaiblie. Et le pays n’a pas besoin d’une institution affaiblie maintenant. Ensuite, une fois que tout le monde accepte de siéger, il y a une chose que tous les sénateurs doivent accepter en prenant fonction. Le Sénat a une première tâche dès son installation, et elle n’est pas négociable.

Quelle est cette première tâche ?

Gislain Manayi Kanhonou : Amener le Sénat à travailler pour deux urgences. Premièrement, le retour digne et sécurisé de tous les exilés politiques. Deuxièmement, la libération des prisonniers politiques. C’est ça que l’Initiative Citoyenne pour la Réconciliation va assigner au Sénat dès le premier jour.

Pourquoi cette priorité dans la nouvelle ère qui s’ouvre ?

Gislain Manayi Kanhonou : Parce qu’une nouvelle ère ne se construit pas sur la division. Le Bénin change. Nous devons tourner la page des vieux clivages, des rancœurs d’hier. Il faut une ouverture réelle, une réconciliation sincère.
Un pays divisé ne construit rien de durable. Depuis quelques années, le Bénin vit avec une plaie ouverte. Des familles sont séparées à cause de l’exil. Des enfants grandissent sans leurs pères ou leurs mères. Des compétences, des intelligences, des patriotes sont dehors et ne peuvent pas servir leur pays. Dans le même temps, des prisons gardent des hommes et des femmes dont le seul tort est d’avoir pensé autrement. Ça crée de la rancœur, de la peur, du silence.
On ne peut pas ouvrir une nouvelle ère sans refermer la blessure. Aucun projet de développement ne tient sur la méfiance. Aucune démocratie ne respire quand une partie de son peuple a peur de rentrer chez elle. La réconciliation n’est pas un luxe pour après. C’est la fondation. Si on coule une dalle sur une fissure, toute la maison va tomber. Le retour des exilés et la libération des prisonniers politiques, c’est fermer la fissure. C’est pour ça que c’est la priorité.

En quoi ce Sénat qui va s’installer est différent et pourquoi cette mission lui revient aujourd’hui ?

Gislain Manayi Kanhonou : Il faut regarder l’esprit des textes et le moment que nous vivons. Le Bénin n’a pas toujours eu de Sénat. Si le législateur a décidé d’en doter la République maintenant, ce n’est pas un hasard. Le pays veut du neuf. Il veut de l’apaisement.
Le législateur a voulu créer une chambre de recul, une chambre de sagesse, une chambre de dialogue. Regardez sa composition : des anciens Présidents de la République, des anciens Présidents de l’Assemblée et de la Cour Constitutionnelle, des personnalités désignées pour leur expérience, leur âge, leur parcours. Ce n’est pas une chambre de combat. C’est une chambre pour tempérer, pour écouter, pour raccommoder le tissu national quand il se déchire.
Donc la mission de réconciliation ne tombe pas du ciel. Elle est dans l’ADN même de ce Sénat qui va s’installer. Si ce Sénat ne prend pas à bras le corps ces questions politiques, alors il trahit la raison pour laquelle il a été créé. Ce serait comme construire un hôpital après une épidémie et refuser de soigner les malades.

Concrètement, comment le Sénat peut agir dès son installation ?

Gislain Manayi Kanhonou : Dès son installation, et à condition que toutes les personnes de droit aient accepté de siéger pour lui donner sa pleine légitimité, le Sénat peut voter une résolution pour appeler le gouvernement à prendre un décret d’amnistie. Il peut créer une commission spéciale pour la réconciliation. Les outils existent. Il faut la volonté. Et le moment est venu de montrer que le Bénin change vraiment.

Certains diront que le Sénat ne doit pas se mêler de la justice. Que répondez-vous ?

Gislain Manayi Kanhonou : On ne demande pas au Sénat de juger. On lui demande de jouer son rôle : dialoguer. Le législateur a créé le Sénat justement pour ça, pour que le dialogue ne meure jamais dans la République. La réconciliation est une question politique, pas seulement judiciaire. Et le Sénat est la chambre de la sagesse. C’est son rôle de montrer la voie.

Et si un sénateur refuse ce mandat ou refuse de siéger ?

Gislain Manayi Kanhonou : Celui qui refuse de siéger affaiblit l’institution avant même qu’elle ne commence. Et celui qui siège mais refuse ce mandat de réconciliation trahit l’esprit même du Sénat. Accepter de siéger dans cette nouvelle ère, c’est accepter ce mandat. Le peuple regarde. L’histoire aussi. Le Bénin se reconstruira avec tous ses fils et toutes ses filles.

Et si le gouvernement refuse de suivre ?

Gislain Manayi Kanhonou : Le Sénat est là pour faire pression, pour dialoguer, pour insister. L’Initiative Citoyenne pour la Réconciliation sera aux côtés du Sénat, mais aussi aux côtés du peuple pour rappeler que cette tâche est prioritaire. On ne lâchera pas. Le pays a besoin de tourner la page, et ça passe par là.

Quel est votre appel aux Béninois aujourd’hui ?

Gislain Manayi Kanhonou : Je demande à chaque Béninois de soutenir cette exigence. Une nouvelle ère s’ouvre. Écrivons-la ensemble. Que toutes les personnes de droit acceptent de siéger pour donner sa force au Sénat. Écrivez à vos sénateurs. Parlez-en autour de vous. La réconciliation, ce n’est pas l’affaire d’un camp. C’est l’affaire de tous. Le Bénin ne peut pas avancer avec une partie de ses fils en exil et une autre en prison. Nous devons réussir là où d’autres ont parfois échoué : rassembler.

Kevine Tossa

Le Soleil Bénin Info

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