Le feuilleton judiciaire qui secouait le parti Les Démocrates a finalement livré son verdict. Après des mois de tensions internes, de procédures et de rivalités ouvertes, la justice a tranché en faveur du camp dirigé par Nourénou Atchadé. Une décision qui lui confère désormais la légitimité officielle de présider le parti, en attendant l’issue de l’appel introduit par le camp de son rival, Éric Houndété. Sur le plan strictement juridique, la messe semble donc dite, du moins provisoirement. Le camp Atchadé sort renforcé de cette bataille judiciaire, avec un avantage institutionnel indéniable.
Mais au-delà du verdict, la question fondamentale qui se pose est de savoir ce qui reste réellement du parti Les Démocrates. Car, si la victoire est claire dans les prétoires, elle apparaît beaucoup plus fragile sur le terrain politique. Le parti, autrefois considéré comme l’une des principales forces de l’opposition, donne aujourd’hui l’image d’une formation profondément affaiblie, minée par les divisions internes et les luttes de leadership.
Les déchirements successifs ont laissé des traces visibles, tant au niveau de la base militante que des cadres dirigeants.
Plus grave encore, plusieurs figures majeures du parti ont déjà quitté le navire, choisissant de rejoindre la mouvance présidentielle. Ces départs en cascade ont considérablement réduit la capacité d’influence et de mobilisation des Démocrates.
Le parti semble ainsi avoir perdu non seulement ses repères, mais aussi une grande partie de son capital politique. Dans ce contexte, la décision de justice, aussi importante soit-elle, apparaît comme une victoire à portée limitée. Elle règle un conflit de légitimité interne, mais ne résout en rien la crise de fond qui gangrène la formation politique.
L’enjeu pour Nourénou Atchadé dépasse désormais la simple reconnaissance juridique. Il lui faudra reconstruire un parti quasiment désarticulé, restaurer la confiance des militants et redonner une direction claire à une organisation en perte de vitesse. Face à lui, le camp Houndété n’a pas dit son dernier mot. L’appel interjeté laisse planer l’ombre d’un nouvel épisode judiciaire, prolongeant une instabilité dont le parti se serait bien passé. Cette incertitude juridique vient s’ajouter à une fragilité politique déjà préoccupante.
Le moins qu’on puisse dire, c’est que l’épilogue judiciaire de cette crise interne ne marque pas nécessairement un nouveau départ. Il pourrait au contraire consacrer une réalité plus sombre : celle d’un parti qui, malgré une victoire en justice, peine à exister politiquement. Pour Les Démocrates, l’heure n’est plus seulement aux batailles de leadership, mais à une véritable refondation, si tant est qu’elle soit encore possible.
Sonia Abadagan
Le Soleil Bénin Info



