Coopération Sud-Sud: Ouidah et Cap-Haïtien scellent un jumelage historique

Les communes de Ouidah (Bénin) et de Cap-Haïtien (Haïti) ont signé ce mardi 22 septembre un Protocole d’Accord de Jumelage. Un acte hautement symbolique qui veut transformer une mémoire douloureuse partagée en coopération vivante autour de la culture, du tourisme et de l’éducation.

Ce n’est pas une simple signature. C’est une réparation symbolique. Dans la salle de mariage de l’hôtel de ville de Ouidah, ville-mémoire de la traite transatlantique, la commune béninoise et celle de Cap-Haïtien, perle du Nord d’Haïti, ont acté un Protocole d’Accord de Jumelage qui dépasse largement le cadre administratif. Entre les deux cités, le lien n’est pas diplomatique, il est organique. C’est celui du sang, de la déportation, de la résilience. Ce mardi, les deux maires ont décidé de le transformer en projet politique.

Tout a commencé par un tête-à-tête sobre entre les deux délégations. Le maire de Ouidah, Christian Houétchénou, a donné le ton. Il ne veut pas d’un jumelage folklorique. Il veut des actes forts. Pour lui, Ouidah et Cap-Haïtien ne sont pas deux villes étrangères qui se découvrent, mais deux fragments d’un même espace humain brutalement séparé par la cruauté de l’Histoire. Son ambition est de voir ce rapprochement s’incarner dans le vécu des populations.

Une vision partagée par Mylène Raoule Sylvia Aïzansi, Présidente de la Commission Coopération et Relations avec les Institutions, pour qui « aujourd’hui, nous ne signons pas seulement un document ». Dans une intervention forte, elle a défini ce jumelage comme la rencontre de « deux histoires, deux mémoires, deux peuples unis par le sang et par l’âme », un instrument puissant de coopération Sud-Sud au service de la jeunesse, de la culture et du tourisme mémoriel.

Concrètement, que prévoit l’accord ? Le Directeur du Développement Local et de la Planification de Ouidah, Habib Roko, a levé le voile sur l’architecture de cette coopération bâtie autour de quatre piliers : I. Patrimoine, culture et mémoire ; II. Tourisme ; III. Éducation, jeunesse et échanges ; IV. Développement économique, environnement et gouvernance locale.

Au-delà des principes, des projets structurants sont déjà sur la table, à savoir la création d’un circuit touristique international Cap-Haïtien – Ouidah, l’implantation d’une école professionnelle des arts à Ouidah, le développement d’infrastructures touristiques communes et, projet phare, la création d’un Institut haïtiano-béninois.

Présente à la cérémonie, la chargée d’affaires de l’Ambassade d’Haïti au Bénin, Dominique Brutus, a résumé l’enjeu avec justesse. Il s’agit de « donner un avenir à l’histoire qui existe déjà ». Elle a appelé à faire vivre ce jumelage par un brassage permanent d’idées, de jeunes, d’artistes et de compétences.

Même volonté du côté haïtien. Le maire de Cap-Haïtien, Michel Saint-Croix, a parlé d’un acte de reconnexion. Dans une proposition qui a marqué l’assistance, il a souhaité une coopération à bénéfice mutuel qui aille jusqu’à l’enseignement du Fon, langue béninoise, en Haïti et du Créole haïtien au Bénin. Une révolution culturelle et linguistique à portée symbolique immense.

En clôture, Christian Houétchénou a pris deux engagements forts pour éviter que ce protocole ne reste lettre morte : concrétiser rapidement l’Institut haïtiano-béninois et institutionnaliser des délégations croisées annuelles entre les deux villes. Plus qu’un jumelage, Ouidah et Cap-Haïtien viennent de jeter les bases d’un pont vivant entre deux rives d’une même mémoire.

Aristide Boya ( correspondant Ouidah)

Le Soleil Bénin Info

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