La présence du Premier ministre nigérien Ali Mahamane Lamine Zeine à l’investiture de Romuald Wadagni dépasse le cadre protocolaire. Elle intervient comme un signal politique fort dans une sous-région encore marquée par les fractures nées des transitions militaires au Sahel.
Le Niger, le Mali et le Burkina Faso, regroupés au sein de l’Alliance des États du Sahel, l’AES, avaient quitté la CEDEAO en 2024. Depuis, les relations avec les États côtiers voisins, dont le Bénin, étaient restées tendues. La venue d’une haute délégation de l’AES à Cotonou rompt avec cette séquence de défiance.
Ali Mahamane Lamine Zeine l’a confirmé lui-même : son déplacement a été « explicitement approuvé » par les dirigeants des pays membres de l’AES. Il a lié cette autorisation aux gestes d’amitié et de fraternité adressés par le président Wadagni aux capitales sahéliennes dans les semaines précédant la cérémonie. « Je vois que c’est une nouvelle voie qui s’ouvre », a-t-il confié à La Nouvelle Tribune.
Dans son discours d’investiture, le nouveau président béninois a insisté sur la nécessité pour le Bénin de « prendre en main son propre contexte géopolitique ». Pour le chef du gouvernement nigérien, cette orientation constitue une base favorable à un rapprochement avec les pays du Sahel.
Sans entrer dans le détail des mécanismes, Ali Mahamane Lamine Zeine a plaidé pour une amélioration des relations entre les peuples. Il a rappelé que les populations de la région « ont toujours été ensemble » au-delà des divisions institutionnelles, renvoyant à une histoire et à des échanges transfrontaliers antérieurs aux tracés politiques actuels.
Ses propos ont également laissé transparaître une référence aux puissances extérieures. Il a exprimé l’espoir que celles-ci « puissent laisser tranquille » les États de la région, reprenant un registre souverainiste cher aux autorités de l’AES depuis leur prise de pouvoir.
Une représentation symbolique des trois pays du Sahel
Le Niger n’était pas seul. Le Mali et le Burkina Faso s’étaient aussi fait représenter à la cérémonie du Palais des Congrès. Cette présence conjointe confirme que l’ouverture n’est pas l’initiative d’un seul État, mais bien le résultat d’une concertation au sein de l’AES.
Pour le Bénin, l’enjeu est désormais de traduire ce signal en coopération concrète : circulation des personnes et des biens, sécurité transfrontalière, échanges économiques. La route entre le rétablissement du dialogue et la normalisation des relations reste longue, mais Cotonou vient d’ouvrir le premier pas.
Sonia Abadagan
Le Soleil Bénin Info



