Jocelyn Ayicoué Martial Ahyi/De l’enfant de Tori Bossito au maire de Grand Popo: le parcours d’une vie au service de l’action

À Folicomé, dans l’un des quartiers de l’arrondissement de Goué, aux confins de Grand-Popo et non loin de la frontière bénino-togolaise, le décor invite naturellement au retour sur une histoire personnelle et professionnelle. C’est dans cet environnement que Jocelyn Ayicoué Martial Ahyi reçoit une équipe de votre journal venue à sa rencontre pour revisiter les différentes étapes d’un parcours qui l’a conduit de l’univers de l’enseignement et de la vie familiale à celui des grandes entreprises, puis à la gestion de la chose publique.

Ancien directeur commercial et marketing de Jetma, ancien directeur commercial et marketing de Chevron Texaco au Bénin, ancien directeur général adjoint de la Compagnie béninoise des textiles et ancien maire de Grand-Popo de 2020 à janvier 2026, il appartient à cette catégorie de personnalités dont le parcours ne peut être compris à travers une seule fonction.

Derrière les titres et les responsabilités, il y a d’abord une enfance, une éducation, une famille nombreuse, des maîtres exigeants, des déplacements, des apprentissages et une volonté progressivement construite. Son récit fait apparaître un fil conducteur à celui d’un homme qui revendique trois valeurs comme fondements de son action telles que la transparence, l’efficience et l’inclusion.

Une enfance placée sous le signe de la discipline et de la transmission

Jocelyn Ayicoué Martial Ahyi raconte être né à Ouidah, dans le département de l’Atlantique, dans une famille particulièrement nombreuse. Fils d’un instituteur à la retraite, il évoque une fratrie qui comptait de nombreux enfants et dont l’organisation familiale reposait largement sur la responsabilité des aînés envers les plus jeunes. Son père apparaît dans son récit comme une figure déterminante. Instituteur de formation, même après son départ à la retraite, celui-ci aurait conservé une discipline de travail particulièrement rigoureuse. Les journées commençaient tôt. Les enfants étaient réveillés dès quatre heures du matin pour travailler la dictée, le calcul, les leçons et les exercices avant de se rendre à l’école.

Cette éducation, décrite par Jocelyn Ayicoué Martial Ahyi comme une véritable « vie de soldat », allait constituer l’un des premiers cadres de formation de sa personnalité. Mais l’enseignement paternel ne se limitait pas à la discipline scolaire.

Dans cette famille nombreuse, un principe de solidarité était également inculqué. L’aîné devait prendre soin du cadet. La famille devait fonctionner comme une chaîne de responsabilité et de transmission.

Cette organisation familiale a profondément marqué l’intéressé. Avec le recul, il identifie dans cette éducation l’origine de valeurs qu’il affirme avoir conservées tout au long de sa vie. La transparence, l’efficience et l’inclusion. La famille devient ainsi la première école du management.

L’école comme premier laboratoire de l’exigence

Les premières années scolaires de Jocelyn Ayicoué Martial Ahyi se déroulent à Tori-Bossito, où son père exerçait comme enseignant. Il évoque notamment son passage à l’école Coupe A de Tori-Bossito, puis son entrée au collège de Torri-Aguakoh. Cette période est marquée par une contrainte aujourd’hui particulièrement évocatrice des réalités scolaires d’une autre époque à savoir les déplacements quotidiens à pied. Pour se rendre au collège, il devait parcourir environ sept kilomètres à l’aller, puis autant au retour.

La distance n’a pourtant pas constitué un obstacle définitif à sa progression. Elle participe, dans son récit, à cette formation silencieuse faite d’efforts répétés,
de persévérance et de dépassement de soi.

Son arrivée à Cotonou constitue ensuite un moment de découverte

Pour l’enfant venu de Torri-Bossito, la capitale économique représente un autre monde. L’électricité, les infrastructures, l’animation urbaine et un environnement beaucoup plus ouvert. Cette découverte nourrit progressivement son désir de poursuivre ses études et de s’ouvrir à de nouvelles perspectives. Son parcours scolaire se poursuit alors dans plusieurs établissements et différents quartiers de Cotonou. Ces changements successifs de cadre de vie et d’établissement ne sont pas présentés comme des ruptures, mais plutôt comme autant d’expériences qui ont participé à son évolution.

Des enseignants qui deviennent des figures de référence

Dans son récit, plusieurs enseignants occupent une place particulière. Il cite notamment des figures issues de l’entourage professionnel de son père. Ces hommes sont décrits comme rigoureux, exigeants et attachés au travail bien fait. L’exigence était parfois particulièrement forte. Parce qu’il était identifié comme le fils d’un enseignant respecté, il devait, selon son témoignage, être à la hauteur de cette réputation familiale.

Cette situation créait une pression supplémentaire. Il fallait connaître ses leçons, être préparé et répondre correctement lorsqu’il était interrogé en classe. Avec le recul, il considère cependant que ces expériences ont contribué à sa construction.

Le passage de l’école primaire au collège modifie progressivement cette relation à l’autorité. Au secondaire, la surveillance devient moins directe. L’élève doit davantage compter sur sa propre conscience et sur les valeurs transmises par la famille. Autrement dit, la discipline extérieure doit progressivement devenir une discipline intérieure. C’est précisément cette transition qui semble avoir constitué l’un des éléments importants de son parcours.

Du rêve de médecine au choix du management

Après l’obtention du baccalauréat série D, Jocelyn Ayicoué Martial Ahyi envisage initialement une carrière médicale. Le choix n’est pas surprenant dans un environnement familial où la médecine occupait déjà une certaine place. Mais, avec le temps, cette vocation s’estompe. Une autre passion prend alors le dessus. Celle du commerce, de la négociation et du management. Le choix de cette orientation est présenté comme personnel. Il s’inscrit dans une volonté de construire une carrière correspondant davantage à ses centres d’intérêt.

Il s’engage ainsi dans une formation commerciale et managériale, évoquant notamment un parcours comprenant une phase préparatoire et une formation associée à la Haute École de Commerce de Paris et à la Chambre de commerce. Cette formation constitue le socle professionnel sur lequel il va progressivement bâtir sa carrière. Mais plutôt que de considérer son diplôme comme une fin en soi, il choisit, à son retour au Bénin, de commencer par des expériences de terrain.

Les premiers pas professionnels, c’est apprendre avant de diriger

L’un des traits marquants de son récit professionnel est le choix de commencer par le bas de l’échelle. Après ses études, il recherche des stages afin de confronter ses connaissances théoriques à la réalité du marché. Il effectue notamment des stages à la Loterie Nationale du Bénin ainsi qu’à Transco Bénin, dans l’univers du transit et du shipping. Ces expériences lui permettent d’entrer progressivement dans le monde professionnel. Il devient ensuite délégué commercial et commence à construire son expérience dans le domaine du commerce et du transport maritime. Cette première phase professionnelle joue un rôle déterminant. Elle lui permet de transformer sa formation en compétences opérationnelles. Son parcours évolue ensuite avec son intégration dans une structure française spécialisée dans le maritime, puis son recrutement par Jetma Bénin.

Avec Getma, Chevron Texaco, c’est l’expérience des grandes entreprises

Chez Getma Bénin, il exerce pendant plusieurs années des responsabilités dans le domaine commercial et marketing. Le secteur maritime lui permet de développer une connaissance approfondie de la clientèle, de la négociation, du développement commercial et de la gestion des relations professionnelles. Il devient directeur commercial et marketing. Cette expérience constitue un tournant majeur, mais une nouvelle opportunité va lui permettre d’élargir considérablement son champ professionnel. À la suite d’un appel d’offres, il rejoint Chevron Texaco au Bénin en qualité de directeur commercial et marketing. Le changement d’univers est important.

Après le maritime et le transit, il se retrouve dans le secteur de l’énergie, avec des activités liées aux hydrocarbures, au raffinage, à la distribution et aux produits dérivés du pétrole. Cette transition l’oblige à apprendre un nouvel environnement professionnel tout en conservant le socle de compétences acquis dans le commerce et le marketing. Il explique avoir occupé cette fonction pendant environ dix ans.

Cette période renforce notamment son aptitude au travail en équipe et sa conception d’un management fondé sur la participation. Pour lui, le responsable ne doit pas simplement donner des instructions. Il doit savoir impliquer ceux qui travaillent avec lui. Cette conception participative du management constituera plus tard un élément important de sa manière d’aborder la gestion communale.

De l’entreprise à la responsabilité industrielle

Après son expérience dans le secteur pétrolier, une nouvelle étape s’ouvre avec sa nomination comme directeur général adjoint de la Compagnie béninoise des textiles. Dans la transcription, cette structure est présentée comme une entreprise à capitaux sino-béninois, avec une participation de l’État béninois et de la partie chinoise. L’enjeu est alors différent. Il ne s’agit plus seulement de gérer des relations commerciales ou des portefeuilles de clients.

La responsabilité concerne également le capital humain.bL’entreprise comptait, selon son témoignage, environ 1 800 ouvriers. Derrière ce chiffre, il voit autant de familles et donc une responsabilité sociale considérable. La gestion d’une entreprise devient alors, dans sa vision, une question qui dépasse les seuls indicateurs économiques. Elle touche à l’emploi, à la stabilité des ménages et à la préservation d’un tissu social. Cette expérience lui permet ainsi d’aborder une dimension nouvelle du management à savoir celle de la responsabilité collective.

L’engagement politique, c’est comprendre avant d’agir

L’entrée de Jocelyn Ayicoué Martial Ahyi dans la vie politique ne semble pas avoir été immédiate. Il explique avoir d’abord été un observateur attentif de la vie publique. En 1999, il participe à la création d’un creuset regroupant de jeunes cadres du Mono. L’objectif était de réfléchir aux grandes questions concernant le développement du Bénin. Le groupe s’intéresse notamment à un ouvrage attribué dans la transcription à Bruno Amoussou et consacré à 120 propositions pour le Bénin. Les jeunes participants entreprennent alors un travail d’étude et d’explication des différentes propositions. Ils rencontrent des personnalités plus expérimentées afin de mieux comprendre les enjeux politiques et institutionnels du pays.

Cette démarche est importante dans le récit. L’engagement politique est présenté non comme une rupture avec son parcours professionnel, mais comme la continuité d’une réflexion sur le développement. Il passe progressivement du rôle d’observateur à celui d’acteur. Son parcours au sein du Parti social-démocrate l’amène à exercer différentes responsabilités, jusqu’à celle de secrétaire général.vIl participe ensuite aux dynamiques de regroupement politique ayant conduit à l’Union Fait la Nation, puis à la constitution de l’Union Progressiste.

Le baptême électoral et la conquête de Grand-Popo

L’année 2019 marque une première expérience électorale. Jocelyn Ayicoué Martial Ahyi se présente comme deuxième titulaire pour les élections législatives dans la 17e circonscription électorale. Cette première tentative n’aboutit pas. Mais plutôt que de considérer cet échec comme une fin, il choisit de poursuivre son engagement sur le terrain. Les élections communales de 2020 deviennent alors une nouvelle étape. Il s’investit dans l’implantation du parti à Grand-Popo, notamment à travers la structuration des instances de jeunesse et l’organisation des groupements de femmes et de jeunes dans les sept arrondissements de la commune. Au terme du processus électoral, son camp obtient 12 sièges sur les 15 conseillers communaux évoqués dans l’entretien. Il est alors choisi pour exercer la fonction de maire. Une nouvelle vie commence.

Six années à la tête de Grand-Popo pour gouverner un territoire singulier

De 2020 à janvier 2026, Jocelyn Ayicoué Martial Ahyi dirige la commune de Grand-Popo. Son discours sur cette expérience repose sur une idée centrale. « Grand-Popo ne peut pas être pensée comme une commune ordinaire« . La commune possède, selon lui, les caractéristiques particulières d’une cité balnéaire, avec une forte exposition aux enjeux environnementaux, touristiques, urbains et économiques. Cette singularité impose une approche spécifique de l’aménagement et du développement. L’un des objectifs qu’il évoque consiste à faire passer les habitants d’une logique de simple occupation du territoire à une véritable culture citoyenne. La notion de citoyenneté devient ainsi un axe de son discours sur la gouvernance locale.

Grand-Popo face aux défis climatiques

L’un des enjeux majeurs évoqués dans l’entretien est celui de l’eau. Grand-Popo est présenté comme un territoire particulièrement exposé aux inondations, à l’érosion et aux conséquences des changements environnementaux. La commune disposerait, selon les chiffres avancés dans l’entretien, d’environ 289 kilomètres carrés, avec une proportion importante de terres immergées. Dans ce contexte, la stratégie évoquée ne consiste plus uniquement à « courir devant l’eau ». Il s’agit, au contraire, de développer une culture de résilience et d’adaptation. La protection des mangroves devient alors un enjeu majeur. L’approche défendue dans l’entretien consiste à considérer l’environnement non seulement comme un espace à protéger, mais également comme une source potentielle de valeur économique et sociale. La question environnementale devient ainsi une question de développement.

Le projet de parc d’attractivité pour donner une nouvelle dimension à Grand-Popo

Parmi les projets évoqués figure celui d’un parc d’attractivité destiné à renforcer la visibilité et l’attractivité de Grand-Popo. Le projet est présenté dans l’entretien comme représentant plusieurs milliards de francs CFA. Son ambition est multiple. Créer de la richesse, générer des activités économiques, attirer des investissements et renforcer l’attractivité de la commune. L’ancien maire explique que des démarches avaient été engagées auprès de structures financières et de potentiels investisseurs. Il précise également que les études doivent être actualisées afin de tenir compte de l’évolution des coûts et des conditions économiques. Le projet apparaît ainsi comme une illustration d’une conception du développement local reposant sur la mobilisation de partenaires publics et privés.

Agriculture, maraîchage et villages agricoles

Le développement agricole occupe également une place importante dans les projets présentés. Un centre de formation technique et d’expérimentation destiné notamment aux maraîchers est évoqué sur un domaine d’environ six hectares. L’objectif est d’améliorer les pratiques, d’accompagner les producteurs et de renforcer leur capacité à faire face aux contraintes environnementales. La question de l’écoulement des produits agricoles est également abordée.

« Produire ne suffit pas. Encore faut-il pouvoir stocker, gérer, transporter et commercialiser les récoltes », pense-t-il. Cette réflexion conduit à l’idée de mettre en place des outils permettant une meilleure gestion des produits et de leur circulation. Un autre projet concerne la création de villages agricoles. L’idée consiste à rapprocher les lieux de vie des lieux de production afin de limiter les longs déplacements quotidiens des producteurs. Le projet témoigne d’une volonté de penser simultanément l’agriculture, l’habitat, l’aménagement du territoire et les conditions sociales de travail.

Coopérer plutôt que collectionner

L’expérience municipale évoquée comprend également la conclusion d’environ six jumelages. Mais Jocelyn Ayicoué Martial Ahyi insiste sur une distinction importante à savoir que le jumelage ne doit pas être recherché pour lui-même. Il doit produire des résultats. La logique consiste donc à identifier des territoires présentant des similitudes, notamment en matière de paysages, de besoins ou de potentiel de coopération. Le jumelage devient ainsi un instrument de développement, d’échange d’expériences et de création de possibilités communes.

Une conception de la gouvernance fondée sur la continuité

Lorsqu’il est interrogé sur son bilan après six années de mandat, Jocelyn Ayicoué Martial Ahyi refuse de présenter l’action publique comme une œuvre que l’on pourrait achever. Pour lui, la gestion publique est une continuité. Un mandat ne constitue qu’une étape dans une histoire plus longue. Cette conception l’amène à considérer que certains projets commencés sous une administration peuvent et doivent être poursuivis par les suivantes. Il se félicite ainsi du fait que plusieurs projets engagés durant son mandat aient continué à être portés par le conseil communal suivant. Cette vision de la continuité administrative constitue l’un des éléments les plus significatifs de son discours.

Grand-Popo, une cité balnéaire qui nécessite une stratégie particulière

L’un des messages récurrents de l’entretien concerne la spécificité de Grand-Popo. Pour l’ancien maire, le développement d’une cité balnéaire dépasse nécessairement les seules capacités financières et administratives d’une commune. Il évoque notamment les besoins en infrastructures, en équipements destinés à la jeunesse, en espaces sportifs, en lieux de loisirs et en structures favorisant la créativité. Il souligne également l’importance d’une urbanisation maîtrisée. Dans son analyse, certaines erreurs d’aménagement du passé peuvent être corrigées, mais leur correction nécessite des investissements importants. La commune doit donc, selon lui, maintenir et renforcer ses acquis tout en recherchant des investissements d’une dimension supérieure. Cette vision explique notamment sa volonté de positionner Grand-Popo dans des rencontres internationales consacrées à l’urbanisation et au développement des villes.

Nonvitcha: de la célébration identitaire au développement

L’engagement de Jocelyn Ayicoué Martial Ahyi ne se limite pas aux institutions municipales. Son implication dans plusieurs éditions de la fête identitaire Nonvitcha est également évoquée. À ses yeux, cette manifestation culturelle possède une histoire importante et doit continuer à évoluer. Il observe notamment une transformation progressive d’un événement essentiellement festif, Nonvitcha tendrait à devenir également un instrument de développement. Cette évolution peut toucher différents domaines : éducation, santé, aménagement, solidarité et accompagnement des populations. La culture devient alors un levier de développement local. L’identité collective n’est plus seulement célébrée ; elle peut également contribuer à structurer une action communautaire.

Une vision personnelle du leadership

Lorsqu’on lui demande le secret de son parcours, Jocelyn Ayicoué Martial Ahyi ne cite ni fortune particulière, ni réseau, ni circonstance exceptionnelle. Il revient à trois notions.La transparence, l’efficience et l’inclusion. Ces trois valeurs constituent, selon son propre témoignage, le socle de son action. La transparence renvoie à la nécessité de travailler dans la clarté. L’efficience renvoie à la recherche de résultats et à la bonne utilisation des moyens disponibles. L’inclusion renvoie à la capacité d’écouter et d’associer les différents acteurs. Ce triptyque apparaît dans les différentes étapes de son récit. Dans la famille, dans l’entreprise, dans la politique et dans la gestion communale.

L’art de gérer les désaccords

L’expérience du conseil communal est particulièrement révélatrice de cette philosophie. La gestion d’une équipe politique et administrative n’est jamais exempte de désaccords.

Jocelyn Ayicoué Martial Ahyi explique que, lorsque les tensions apparaissent, il privilégie ce qu’il décrit comme un « silence d’écoute ». Il écoute avant de réagir. L’objectif n’est pas de faire disparaître les divergences, mais de rechercher une porte de sortie acceptable.

Cette approche repose sur une idée fondamentale que les élus ne travaillent pas pour eux-mêmes. Ils sont mandatés par une communauté et doivent donc rechercher l’intérêt collectif. La gestion des conflits devient ainsi une compétence politique et managériale.

Une identité à la croisée du catholicisme et de la tradition

L’entretien révèle également une dimension plus personnelle. Jocelyn Ayicoué Martial Ahyi se définit comme catholique tout en affirmant un attachement important aux traditions. Il ne présente pas nécessairement ces deux dimensions comme contradictoires. Son propos insiste plutôt sur la nécessité de savoir les articuler avec discernement, en reconnaissant à chacune son espace. Cette position révèle un rapport à l’identité qui associe héritage religieux, culture et traditions locales. Elle rejoint d’ailleurs son attachement plus général au patrimoine culturel et à l’identité de Grand-Popo.

L’homme derrière la fonction

L’entretien permet enfin de découvrir une personnalité au-delà des fonctions publiques. L’homme apprécie la cuisine locale, notamment le mankoumé accompagné d’une sauce qu’il associe à sa richesse nutritionnelle. Il manifeste également un intérêt pour la musique traditionnelle. L’iroko occupe une place particulière dans son imaginaire. Arbre rare, respectable et vénéré, il devient presque une métaphore de ce qui est précieux parce que peu commun. Le football complète ce portrait personnel. Il raconte avoir beaucoup joué durant son enfance et continuer à pratiquer ce sport, notamment pour entretenir sa forme physique. Il suit également les grandes compétitions et la Ligue des champions. Ces détails, apparemment secondaires, permettent de faire apparaître l’homme derrière les fonctions un responsable public qui reste attaché aux choses simples, à la culture locale, à la nature et aux souvenirs de jeunesse.

Une page tournée, mais pas une histoire achevée

Depuis janvier 2026, Jocelyn Ayicoué Martial Ahyi n’est plus maire de Grand-Popo. Mais son récit ne présente pas cette transition comme une rupture. Il reste impliqué dans le conseil communal et affirme vouloir continuer à contribuer au développement de sa commune. Cette posture s’inscrit dans sa conception de la gestion publique comme une continuité. Le mandat prend fin ; l’engagement, lui, peut continuer. C’est peut-être là l’une des idées les plus fortes qui ressortent de cet entretien : « une fonction publique peut être temporaire, mais le sentiment de responsabilité envers un territoire peut survivre au mandat. »*

Une carrière comme transmission

Le parcours de Jocelyn Ayicoué Martial Ahyi se lit comme une succession de transformations. L’enfant de Torri-Bossito devient élève, puis étudiant. L’étudiant devient professionnel. Le professionnel devient dirigeant. Le dirigeant devient acteur politique. L’acteur politique devient maire. Et le maire, après avoir quitté ses fonctions, affirme vouloir continuer à servir son territoire. À travers cette trajectoire, plusieurs mondes se rencontrent à savoir l’éducation familiale, l’entreprise privée, le management, la politique et le développement local. Mais le fil conducteur reste, dans son propre récit, étonnamment stable qui est d’apprendre, de travailler, d’écouter, transmettre et de servir. Son histoire rappelle surtout que les responsabilités successives ne se construisent jamais entièrement seules. Elles sont le produit d’une éducation, de rencontres, de maîtres, de collègues, de collaborateurs, de proches et de communautés. À plusieurs reprises, Jocelyn Ayicoué Martial Ahyi rend hommage à ceux qui l’ont précédé. Son père d’abord. Ses enseignants ensuite. Ses collaborateurs et partenaires professionnels. Puis les conseillers communaux, les femmes, les jeunes, les chefs de quartier et de village, les acteurs communautaires et tous ceux avec lesquels il a partagé son expérience de maire. Au terme de l’entretien, le message qu’il adresse à Grand-Popo est finalement de travailler ensemble, de partager l’information, de préserver le territoire et de croire dans la capacité collective à construire l’avenir.

S.S

Le Soleil Bénin Info

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