Le spectateur joyeux: l’étrange dramaturgie du parrainage perdu

Au royaume des plaisantins, les saisons électorales ressemblent à des matchs de football à suspense. Cette fois-ci, le ballon politique roule dans le camp des Démocrates, et l’arbitre — qu’on appelle ici la Cour constitutionnelle — sifflera la fin de la partie dans 90 minutes. Le score ? 27 à 28. Il ne manque qu’un seul but : celui du député Michel Sodjinou, visiblement décidé à garder son parrainage comme un trophée de guerre.

Dans les tribunes, les militants retiennent leur souffle. Les tambours se sont tus. Les plus superstitieux allument des bougies, d’autres invoquent les ancêtres politiques du parti, espérant que Sodjinou, dans un éclair de conscience patriotique, revienne à de meilleurs sentiments. Mais pour l’instant, rien n’y fait : le joueur refuse d’entrer sur le terrain. Il dit qu’il soutient le capitaine Houndété, son mentor, qui — ironie du sort — n’est même pas sur la feuille de match.

On aura tout vu dans ce théâtre politique béninois. Des candidatures sans parrainages, des parrainages sans candidats, et parfois même des candidats sans électeurs. Mais là, on touche au sublime : un parti complet, huilé, structuré, prêt à en découdre… bloqué par un seul homme, armé d’un stylo récalcitrant.

Dans les coulisses, on négocie, on supplie, on promet monts et merveilles. Certains envoient des émissaires au domicile du député, d’autres évoquent même des “forces obscures” qui auraient soufflé à son oreille quelques arguments dissuasifs. Pendant ce temps, l’horloge tourne, implacable. Le Spectateur joyeux, installé sur sa chaise royale, regarde la scène avec un sourire mi-figue, mi-raison. Il sait que dans ce pays, rien n’est jamais vraiment perdu tant que le tam-tam n’a pas cessé de battre.

Peut-être que, dans la dernière minute du temps additionnel, Sodjinou signera, comme par miracle, ce fameux parrainage devenu aussi précieux qu’un sésame d’Aladin. Mais si, par malheur, il persiste dans son refus, le royaume retiendra cette date comme celle où un seul homme aura réussi à faire tomber un parti tout entier — sans coup d’État, sans scandale, juste avec un refus poli et une plume au repos. Dans le royaume des plaisantins, on n’a pas besoin de balles ni de bombes pour faire exploser une ambition : il suffit d’un parrainage manquant.

Et pendant que les Démocrates cherchent encore leur 28e signature, le Spectateur joyeux, lui, note dans son carnet royal : “La politique béninoise est le seul sport où l’on peut perdre une élection… avant même d’avoir joué le match.”

Le Spectateur joyeux
Chronique au royaume des plaisantins

Le Soleil Bénin Info

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