Il est indispensable de remettre les pendules à l’heure. Vouloir expliquer le bien fondé de la réforme sur la décentralisation est bien. Sauf que dans sa démarche, le tiktokeur a fait une grande confusion qui altère la compréhension de l’opinion sur les réseaux sociaux qu’il faut absolument rectifier. En effet, dans sa présentation du processus de création des pôles de développement territorial, Habib Ahandessi a commis une confusion regrettable, mais lourde de conséquences en assimilant les pôles de développement à un simple redécoupage administratif, à une association de départements.
Le département est une circonscription administrative de l’État. Il est le cadre de la déconcentration, placé sous l’autorité d’un préfet qui exerce la tutelle sur les communes et contrôle la légalité. Il a des limites fixées par la loi, un chef-lieu, une administration.
Le pôle de développement territorial, tel que présenté le 23 septembre 2026 au Palais de la Marina par le Président Romuald Wadagni, n’est rien de tout cela. C’est une innovation conceptuelle majeure de son programme « Plus loin, ensemble ». C’est un pôle ÉCONOMIQUE, et non administratif. Il ne supprime aucune commune, ne fusionne aucune préfecture, ne change aucune frontière. Les 77 communes restent, les 12 départements restent, les maires et les préfets conservent l’intégralité de leurs prérogatives.
Ce que fait la réforme, c’est qu’elle agrège les communes au sein de six ensembles cohérents bâtis sur leurs filières réelles, leurs bassins de vie et leurs complémentarités économiques. C’est une carte du bon sens économique, pas une carte administrative.
Rappelons la réalité. Le Grand Nokoué fédère Cotonou, Abomey-Calavi, Porto-Novo, Sèmè-Kpodji et Ouidah sur les services, le tourisme urbain et l’innovation. Le Sud-Est capitalise sur Ouémé-Plateau autour de l’ananas et du palmier à huile. Le Sud-Ouest, le plus vaste avec 18 communes entre Allada, Lokossa et Grand-Popo. Le Centre mobilise 15 communes d’Abomey à Savè. Le Nord-Est orchestre 14 localités de Parakou à Malanville autour du corridor commercial et de l’élevage. Et le Nord-Ouest regroupe 13 communes de Djougou à Natitingou pour l’écotourisme et l’agropastoral. 10acd9e7
Pourquoi ce changement d’échelle était-il indispensable Parce que l’échelle communale a montré ses limites. Une commune seule ne peut porter une usine de transformation d’anacarde, une zone logistique d’envergure ou une destination touristique structurée. Les flux de marchandises, de touristes et d’investissements ignorent les limites communales. La décentralisation commencée en 2002 a donné le pouvoir politique à la base, mais elle n’a pas donné la puissance économique. C’est tout le bénéfice de la réforme Wadagni que Monsieur Ahandessi a omis d’expliquer.
Premièrement, la spécialisation intelligente. Chaque pôle devra bâtir sa stratégie autour de quatre piliers à savoir une industrie structurante, la valorisation d’une ville et d’un village de splendeur, un moteur d’innovation, et une spécialisation fondée sur ses atouts locaux. Fini le saupoudrage uniforme.
Deuxièmement, l’efficacité opérationnelle. La réforme crée des Agences régionales de développement pilotées par des Délégués généraux qui résideront dans leur pôle, iront sur le terrain et rendront des comptes annuels sur des indicateurs précis. C’est la fin du pilotage depuis Cotonou. C’est la culture du résultat appliquée au territoire. d307
Troisièmement, la création de richesse à la base. L’objectif affiché est de réduire l’extrême pauvreté, développer le capital humain et créer de la richesse localement, avec un socle commun d’infrastructures, de formation adaptée, de soutien aux PME et de mesures fiscales pour attirer le privé. En clair, la réforme ne recentralise pas, elle re-territorialise. Elle ne supprime pas la décentralisation, elle lui donne enfin un moteur économique.
Vouloir expliquer les pôles comme une simple addition de départements, c’est passer à côté de la révolution copernicienne proposée. C’est ne plus penser le Bénin comme un État qui distribue des projets depuis Cotonou, mais comme six écosystèmes économiques qui créent de la valeur à partir de leurs propres ressources. C’est cela qu’il faut expliquer aux populations pour qu’elles adhèrent.
S.S
Le Soleil Bénin Info



