La décoration honorifique de l’archevêque de Cotonou, Mgr Antoine Ganyé à l’occasion de la célébration mariale de Dassa hier, n’est pas anodine. Elle obéit à une opération séduction du chef de l’Etat visant à solliciter le soutien du clergé et de l’église catholique dans le cadre du retour du débat sur la révision de la constitution.
L’élection présidentielle de 2016 peut sembler lointaine. Il reste encore un an et demi. Mais très prudent et calculateur, le chef de l’Etat met ce délai à profit pour préparer avec application le terrain en vue de briguer ce scrutin auquel il ne peut en théorie prendre part étant entendu que la constitution du 11 décembre limite le nombre de mandat à deux (02) non renouvelable. A l’occasion de la célébration du pèlerinage marial de Dassa hier, le chef de l’Etat s’est encore illustré en choisissant de surprendre au vu et su de tout le monde, Monseigneur Antoine Ganyé en le faisant grand croix de l’ordre national du Bénin. Dans ses déclarations, Koubourath Osséni a peint le récipiendaire sous toutes les couleurs. De la séduction et du charme; il y en a eu en abondance à l’endroit de Ganyé.
Mais, à y voir de plus près, cette haute distinction de l’archevêque de Cotonou, n’est pas anodine. Elle obéit à n’en point douter, à une stratégie politique du chef de l’Etat visant à solliciter le soutien de l’église catholique dans l’atteinte de ses objectifs ; sinon pourquoi insister à décorer celui qui n’en veut pas outre mesure ? Dans sa déclaration, Monseigneur Ganyé, l’heureux récipiendaire, a laissé entendre : «…j’ai plusieurs fois refusé l’offre du chef de l’Etat qui voulait coûte que coûte me décorer…». En d’autres termes, l’achevêque de Cotonou On comprend donc que cette distinction est faite à l’archevêque de Cotonou Ganyé contre sa volonté. C’est la preuve irréfutable que Boni Yayi vise un but avec cette décoration-politique. En effet, quand on sait que Monseigneur Ganyé et l’église catholique s’opposent farouchement à une révision de la constitution visant à offrir un 3 ème mandat au chef de l’Etat, on peut affirmer sans risque de se tromper que Boni Yayi tient toujours à son projet d’instauration d’un nouvel constitutionnel au Bénin et veut pouvoir compter désormais sur le clergé.
Mais Mgr Ganyé a décodé très tôt le deal et ne veut pas se laisser embarquer dans cette aventure qui risque de mettre le pays à feu et à sang. C’est pourquoi, à plusieurs reprises, il a sagement feinté cette décoration. Maintenant que le chef de l’Etat a réussi son opération séduction en élevant Ganyé au rang du grand croix de l’ordre national du Bénin, on se demande s’il pourra bénéficier de l’appui de tout le clergé et de l’Eglise catholique dans le cadre du débat sur la révision de la constitution qui revient avec force ? Wait and see !



