Alors que les consommateurs dénoncent une flambée persistante du prix du ciment, l’Association des producteurs de ciments du Bénin (APCB) tente de rassurer. Dans un communiqué, elle affirme qu’aucune hausse n’a été opérée au niveau des usines et que la production se poursuit normalement. Selon le communiqué, les prix sont stables, et les tensions observées sur le marché seraient uniquement dues à des pratiques spéculatives de certains distributeurs. L’APCB appelle d’ailleurs ces derniers à respecter les prix officiels et invite les consommateurs à la vigilance.
Mais cette sortie soulève une question essentielle : à quoi sert un prix “officiel” s’il n’est respecté nulle part ? Le principal problème du communiqué de l’APCB, c’est qu’il constate sans agir réellement.
Pointer du doigt les “commerçants indélicats” ne suffit pas à réguler un marché où les prix varient librement d’un dépôt à un autre.
Aucune mesure concrète n’est annoncée; pas de mécanisme de contrôle renforcé, pas de sanctions claires, pas de dispositif de suivi des prix sur le terrain. Résultat : la déclaration ressemble davantage à un dégagement de responsabilité qu’à une réponse structurée à la crise. Sur le terrain, la spéculation continue. Dans plusieurs localités, la réalité contredit totalement le discours officiel. Les prix du ciment continuent de grimper, parfois de façon brutale, sous l’effet d’une spéculation devenue presque normale.
Déjà en 2025, malgré les mises en garde des autorités, certains revendeurs vendaient la tonne jusqu’à 98 000 voire 120 000 FCFA, défiant ouvertement toute régulation. Et rien n’indique que la situation se soit améliorée aujourd’hui. Au contraire, les mêmes pratiques persistent avec le refus de facturation conforme, les prix fluctuants selon la demande, des discours flous pour justifier les hausses.
Le marché fonctionne désormais à deux vitesses : un prix théorique en usine et un prix réel, souvent incontrôlé, chez les revendeurs. En renvoyant toute la responsabilité vers les distributeurs, l’APCB évite un débat plus profond : celui de l’organisation même de la chaîne de distribution. Car la spéculation ne prospère pas dans le vide.
Elle s’installe là où les contrôles sont faibles, les sanctions sont rares, et la demande dépasse l’offre disponible à court terme. Même si les usines maintiennent leurs prix, l’absence de régulation efficace transforme le marché en zone grise, où chacun fixe ses tarifs.
Sylvie Sounton
Le Soleil Bénin Info



