Santé/Dr Natacha Ouédraogo, neurologue, lève tout équivoque: « du bébé qui vient de naître, jusqu’au vieillard de 100 ans, tout le monde est concerné par l’AVC »

Alors quand on parle d’AVC, qu’est-ce que c’est ?

Quand on parle d’AVC, c’est d’un accident vasculaire cérébral. L’accident vasculaire cérébral est une maladie qui touche les vaisseaux au niveau du cerveau. C’est quand on a une obstruction ou une rupture d’un vaisseau dans le cerveau qu’on parle d’AVC. Et c’est la survenue brutale de cet accident au niveau des vaisseaux qui entraînera des conséquences sur le physique de la personne.

Et qu’est ce qui cause cette maladie ?

Quand on parle d’AVC, quand on parle de rupture, on parle d’un accident vasculaire cérébral hémorragique et quand on parle d’une obstruction, on parle d’un accident vasculaire ischémique. Quant aux causes, nous on parle plus de facteurs de risque. Quand on dit facteurs de risque, cela veut dire qu’il y a plusieurs éléments qui peuvent ensemble ou individuellement entraîner un AVC.

Quels sont donc ces facteurs de risque ?

Nous avons l’hypertension artérielle qui est le premier et le plus grand des facteurs de risque, le diabète, l’élévation du taux de cholestérol, le tabagisme. Fumer entraîne l’AVC, boire de l’alcool est un facteur de risque, la sédentarité, le fait de ne pas bouger, le stress et sans oublier l’obésité, le fait d’être gros. Ce sont essentiellement ces facteurs de risque qui sont au-devant pour emmener l’AVC.

Avez-vous une idée de la prévalence de l’AVC au Burkina dans le monde ?

On n’a pas de chiffres pour tout le Burkina, parce qu’il n’y a pas d’études sur l’AVC au niveau national. Les publications que nous avons, sont des publications hospitalières. Ce sont des études menées à Yalgado, à Bogodogo, à Tengandogo, à Bobo, à Ouahigouya, dans les différents services de neurologie. Mais il n’y a pas une étude au niveau national. Selon les chiffres des différents hôpitaux, l’AVC est responsable de plus de 60% des hospitalisations dans les services de neurologie au Burkina et le taux de décès qui lui est imputable peut atteindre 17,9%.
Dans le monde, l’AVC est considéré comme la première cause de handicap acquis, la deuxième cause de démence et de décès ainsi qu’une cause majeure d’épilepsie, de chute et de dépression. En Afrique subsaharienne, l’incidence se situe entre 26 et 30 pour 100 000 habitants, la prévalence est de l’ordre de 58 à 243 pour 1 000 habitants. Et selon les prévisions, le nombre d’AVC passerait entre 2005 et 2030 de 16 à 23 millions et la mortalité due aux AVC de 5,7 à 7,8 millions.

Devant quels signes doit-on être inquiété et se dire que ça peut être un AVC ?

Devant la survenue brutale, j’insiste sur le brutal, d’un déficit moteur ou sensitif. Quand je dis déficit moteur, tu es là et d’un coup, tu as la main ou le pied qui ne fonctionne pas bien, tu n’arrives pas à soulever la main, à marcher, ou tu n’arrives pas à parler, un trouble du langage, tu n’arrives pas à bouger la langue ou tu as un trouble de la vision. L’œil qui voyait, un coup ne voit plus. En ce moment tu peux penser qu’il s’agit d’un AVC.

Quand on fait un AVC, quelles sont les chances de survie ?

Actuellement, nous avons un tiers de décès à un mois, deux tiers de survie et un tiers gardant des séquelles.

Justement quels sont les séquelles de l’AVC ?

Il y a plusieurs séquelles. Nous avons des patients qui vont se retrouver déficitaires, c’est-à-dire qu’ils peuvent boiter ou avoir des membres qu’ils ne vont plus pouvoir mouvoir à vie. Nous pouvons avoir des patients qui n’arriveront plus à parler, ça veut dire qu’ils perdent le langage. Nous avons des patients qui auront des troubles de la mémoire et d’autres qui vont devenir déments, ça veut dire qu’ils ne sont plus intellectuellement posés. Ils posent des actes qui relèvent de la démence.

Y a-t-il une tranche d’âge qui est plus concernée par l’AVC qu’une autre ou un sexe plus qu’un autre ?

Quand on parle d’AVC, il y en a depuis les enfants jusqu’au sujet âgé. Même les bébés font des AVC. Quand on parle des facteurs de risque, il y a des facteurs hématologiques. C’est-à-dire que le sang a un problème. La personne a des troubles de la coagulation, ou bien la personne a des éléments du sang qui entraîne soit une hyper coagulabilité, soit un sang qui ne se coagule pas. On a aussi la drépanocytose qui est un facteur de risque.

Si ton cœur ne se porte pas bien, si tu as un problème cardiaque, en ce moment tu peux faire un AVC. Tu peux aussi faire un AVC parce que les vaisseaux qui mènent au cou ont de l’athérosclérose, ça veut dire qu’il y a des plaques, des dépôts de graisse qui se sont faits au fil du temps. Et ces dépôts vont entraîner une obstruction au fur et à mesure des vaisseaux ou bien le sang peut venir et enlever un petit morceau de ces plaques et aller obstruer un peu plus loin. Quand on parle d’AVC, du bébé qui vient de naître, jusqu’au vieillard de 100 ans, tout le monde est concerné. Homme comme femme. On dit que chez la femme jusqu’à la ménopause, elle est protégée pour le côté vasculaire à cause de ses hormones. Donc la femme est protégée jusqu’à ses 45 ans à peu près. Mais après 45 ans, elle a le même risque que les hommes.

Avez-vous des conseils pour éviter l’AVC ?

Pour éviter l’AVC, nous nous basons sur les différents facteurs de risque. Il faut se faire dépister pour l’hypertension artérielle, il faut se faire régulièrement prendre la tension. Et si je suis hypertendu, je dois me faire prendre en charge, prendre des médicaments, parce que jusque-là, quand on est hypertendu, c’est à vie. Quand on dit de prendre des médicaments, il y a des patients qui refusent ou qui prennent les médicaments pour un temps et plus tard arrêtent de le faire. Nous avons le diabète, l’élévation de la glycémie. On doit se faire mesurer sa glycémie pour voir si on est diabétique ou pas. Et si on est diabétique, il faut aussi se faire prendre en charge. Il y a des médicaments antidiabétiques. Il y a l’alimentation. Nous devons manger sainement et équilibré. Nous devons manger moins salé, moins sucré et moins gras. Avoir une alimentation équilibrée, manger beaucoup de fruits et des légumes, c’est important. Nous devons faire régulièrement du sport. Nous préconisons de faire au moins 30 à 45 minutes de sport deux à trois fois par semaine.

Il faut aussi perdre du poids. Si vous savez que vous êtes obèse, que vous avez pris du poids, il faut diminuer votre masse corporelle. Il faut revoir votre alimentation, faire du sport et vous serez équilibré. Si vous fumez, arrêtez de fumer. Si vous avez des difficultés pour arrêter de fumer, il y a des centres qui s’occupent de ça. Il y a à Yalgado le centre anti-tabac où vous avez la possibilité de vous faire aider pour que l’envie de prendre le tabac s’arrête. La cigarette a une substance, la nicotine qui entraîne une dépendance, donc des fois au début, on fume pour le plaisir, mais après on fume par dépendance. Si vous voyez que vous pouvez arrêter de fumer de vous-même c’est bien. Si vous ne pouvez pas, c’est que vous êtes dans la dépendance. Si vous êtes alcoolique, vous prenez plus de 5g d’alcool par jour, il faut vous faire aider.

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