La poignée de main entre l’ex-président congolais, Désiré Kabila et Moïse Katumbi, n’a laissé personne indifférent sur le continent. Une belle image qui a été saluée et que beaucoup souhaitent voir se répéter dans la sous-région. Au Bénin, certains béninois brûlent d’envie de voir le chef de l’État Patrice Talon et son ancien allié économico-politique, Sébastien Ajavon fumer le calumet de la paix à Cotonou. Au Congo, c’est la messe organisée par l’Archevêque du Katanga qui a été le détonateur de cette historique ambiance. Au Bénin, qui peut jouer ce rôle à l’heure actuelle ?
Il y a de l’eau dans le gaz entre Patrice Talon et Sébastien Ajavon. Ça dure et ça dure depuis plus de cinq ans. Les deux hommes d’affaires et amis politiques, qui souriaient ensemble et partageaient beaucoup de choses jusqu’en 2016, se regardent aujourd’hui en chien de faïence. Ces deux gros poids lourds de l’économie béninoise ont transformé le miel en fiel. Le hic, c’est que certains faucons du régime de la rupture travaillent dans l’ombre pour que cette tension conflictuelle entre les deux personnalités perdure et perdure encore. En bons épicuriens, ils prennent plaisir devant le malheur des autres. Chaque jour, ces faucons jettent de l’huile sur le feu dans l’ombre des choses, histoire d’en profiter au maximum et de savourer leur joie malsaine. Mais à qui profite le crime ? C’est difficile de le dire avec exactitude. Toujours est-il que cette guéguerre est un véritable crime contre le peuple en souffrance.
Des préjudices aux populations
Le désaccord qui ajoute la crise à la crise. La mésentente entre Talon et Ajavon fait plus mal au peuple qu’à eux-mêmes. En effet, la cherté de la vie cause d’énormes préjudices aux populations. La preuve, c’est que les béninois paient actuellement un lourd tribut à la vie chère. Tandis que le poisson coûte près de 2000 FCFA au kg, l’aileron se vend à plus de 3000 FCFA au kg. Imaginons l’hypothèse où le PDG/Cajaf-Comon, roi de la volaille était en bons termes avec le roi du Coton. Il ne fait l’ombre d’aucun doute, qu’à eux d’eux, ils vont trouver l’alchimie nécessaire pour régler cette situation au plus vite pour le bonheur des béninois. Les prix de ces produits congelés n’allaient pas atteindre ce seuil intolérable. Sur un autre plan, des milliers d’emplois ont été <<décapités>> dans cette guerre froide. Pendant que plusieurs centaines de personnes ont perdu leurs jobs, d’autres ont sacrifié leurs biens. Cette liste, qui n’est pas exhaustive, est explosive. En dehors de tout cela, le manque à gagner pour l’État est bien énorme.
Des béninois et l’Église s’en mêlent
La poignée de main entre l’ex-président congolais Désiré Kabila et Moïse Katumbi au Congo n’est pas restée inaperçue dans l’opinion nationale, à tel point que des béninois rêvent de voir la même chose entre Patrice Talon et Sébastien Ajavon. << Il est temps que le chef de l’État et Ajavon s’assoient autour d’une même table pour aplanir leurs divergences>>, suggère un jeune visiblement inquiet. <<Si Talon et Ajavon pouvaient se donner la main, comme Kabila et Katumbi, ce serait très bon>>, renchérit une femme politique. Il n’en est pas autrement pour le clergé béninois qui tire la sonnette d’alarme pour la décrispation de l’atmosphère sociale tendue. <<Il est important pour l’Église catholique de contribuer à apaiser le climat>>, estime l’archevêque de Cotonou. C’est pourquoi Monseigneur Roger Houngbédji a organisé une journée de réflexion pour guider les acteurs <<à préparer les élections vraies, libres, transparentes et inclusives>>, en vue de sauver ce qui peut l’être encore.
Nécessité d’arrêter la saignée
Cette situation conflictuelle a fait plus de mal que de bien. Il est nécessaire que le chef de l’État et son ancien allié politique fument le calumet de la paix. Dans tous les cas de figure, les deux frères ennemis ont intérêt à le faire pour le bonheur du peuple qui a assez souffert de leur mésintelligence. Quand il s’agit de l’intérêt général, on doit oublier les questions d’égo, en vue de regarder dans la même direction pour le développement de la nation. C’est là que les béninoises et les béninois attendent les deux hommes d’affaires au carrefour de la réconciliation pour le bien-être du peuple et la décrispation de la tension socio-politique. L’impossible n’est pas Talon. Si le chef de l’État a invité son prédécesseur Boni Yayi à la présidence, il est capable de faire la même avec le roi de la volaille, Sébastien Ajavon.
Aziz IMOROU



