Violences racistes en Tunisie: des dizaines de migrants africains dont des béninois chassés

Des dizaines de migrants africains ont été chassés de la ville tunisienne de Sfax qui a connu un nouvel épisode de violences après la mort d’un Tunisien poignardé par un clandestin. Selon nos informations, parmi les indésirables, on compterait deux béninois.

Même si la situation de ces africains préoccupe tout bon africain, le sort de ces béninois en détresse doit interpeller les autorités de la rupture. En tout cas, Frank Yotedje, directeur de la société Afrique intelligence, et défenseur des droits des migrants, revient sur la situation actuelle des migrants dans cette ville tunisienne au cours d’une interview publiée ce jeudi 6 juillet 2023 par France 24.

L’intégralité de son intervention

France 24 : Est-ce que vous pouvez nous raconter ce que vous avez vu, vécu vous la nuit dernière et les nuits précédentes. Vous évoquez sur twitter un champ de bataille

Frank Yotedje : Malheureusement, la situation à Sfax ces derniers jours est devenue très tendue avec cette escalade. Suite au meurtre de ce jeune tunisien, des migrants noirs sont pris en chasse. On assiste chaque soir quasiment à la chasse aux Noirs et c’est une situation qui naît d’un contexte social et économique assez difficile et qui trouve comme facile bouc émissaire cette présence de migrants de plus en plus nombreux.

Est-ce que vous savez s’il y a eu des blessés graves?

Il y a des blessés graves. Il y a un bon nombre de blessés graves aussi bien chez les migrants que chez les Tunisiens.

Il y a d’autres témoignages qui font carrément état de rafles, des familles entières seraient embarquées. Le Forum tunisien des droits économiques et sociaux affirme que des migrants ont été transportés aux frontières libyennes…

Est-ce que vous avez des informations à ce sujet ?

Oui, nous avons, au niveau de l’association, reçu quelques signalements de personnes en détresse et qui disaient être dans cette position à la frontière libyenne, des témoignages aussi des personnes qui ont été arrêtées par la police ou la garde nationale. Ce sont des informations encore à vérifier, mais les supports vidéo ou audio que nous avons nous permettent de dire que c’est une information qui est avérée.

Est-ce qu’on sait aujourd’hui combien de migrants subsahariens sont à Sfax en attendant le départ vers l’Italie, vers l’Europe ? Est-ce qu’on sait comment ces personnes sont entrées en Italie et par quel biais?

Il est assez difficile de se prononcer dessus parce que c’est une situation d’une mission des forces de sécurité pour savoir ceux qui entrent et ceux qui sortent. Et c’est justement cela le problème car en absence de responsabilité de prise en main réel du problème de la migration, il y a cette manie à laquelle s’adonne la population pour faire la loi. Nous avons appelé les autorités tunisiennes à faire leur travail, la mission régalienne qui est celle de protéger la population aussi bien les migrants que les Tunisiens. La responsabilité de la sécurité incombe à l’Etat.

Malheureusement, je ne peux pas vous dire avec certitude par où ils arrivent. Mais il faut noter que bon nombre de ces migrants sont originaires des pays d’Afrique subsaharienne des pays d’Afrique de l’Ouest. Beaucoup arrivent par vol avec des visas touristiques, sont entrés dans le territoire de manière légale. Mais aussi il y a beaucoup qui sont entrés de manière irrégulière notamment à travers la route, de l’Algérie vers la Tunisie, ou même en provenance de la Libye, qui sont refoulés de l’autre côté des frontières. Il y a ces flux divers qui arrivent aussi bien de manière irrégulière que de manière régulière.

Mais ce qu’il faut noter quand même, c’est que ces derniers jours, les flux de migrants ont augmenté. Et cette situation de précarité, d’insécurité et de montée de la violence dont sont victimes ces migrants-là pousse ces personnes désespérées vers la mer et vers l’Italie dans des conditions qui, jadis, étaient graves, mais qui sont désormais plus graves car elles donnent lieu à de nombreuses morts en mer et des cadavres sont repêchés sur des côtes sfaxiennes.

Cela veut dire qu’ils se dépêchent de partir de Sfax à cause de ces violences, à cause de ce racisme ? C’est ce qu’ils vous disent, c’est ce que vous voyez ?

En partie oui. On a connu beaucoup de naufrages dans la région sfaxienne. Il faut commencer à s’interroger sur ce qui peut justifier cette augmentation des naufrages ? Il y a l’impréparation, le fait que les départs soient assez précipités avec l’utilisation des barques métalliques qui coulent et des conditions de départ qui sont de plus en plus dangereuses pour ces migrants-là.

Le gouverneur n’a pas été remplacé, concrètement que se passe-t-il ? La police n’a pas de consignes claires?

Je ne saurais le dire parce que je ne suis pas dans le secret des dieux. Mais ce qui est important à signaler, c’est que à Sfax, on a aujourd’hui deux misères qui se rencontrent. Il y a la misère d’une population, il faut préciser que les affrontements ont lieu pour la plupart dans les quartiers populaires, les quartiers où la population est issue d’un milieu précaire.

Beaucoup de migrants en situation administrative irrégulière préfèrent ces quartiers parce qu’ils peuvent y avoir des logements sans contrat. Et dans ces quartiers, avec la situation que traverse la région de Sfax, on peut dire que deux misères se rencontrent. Et je puis dire que les tensions auxquelles on fait face à Sfax sont la rencontre de ces deux misères qui, sans doute, pourrait trouver sa responsabilité auprès de l’Etat et des représentations diplomatiques des pays dont sont originaires ces migrants.

Le Soleil Bénin info

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